Tu as envie d’emporter tes pinceaux partout avec toi, de capturer les couleurs d’un coucher de soleil sur la Méditerranée ou l’ambiance d’un petit café parisien, mais tu hésites devant l’idée de fabriquer ton propre carnet de voyage aquarelle ? Je te comprends. L’étalage de matériel spécialisé peut vite décourager. Pourtant, créer un carnet sur mesure, c’est t’assurer qu’il correspond parfaitement à ta manière de voyager et de peindre. C’est un compagnon unique que tu auras le plaisir d’utiliser et de chérir pendant des années. Alors, respire profondément. Ensemble, nous allons voir que fabriquer son carnet de voyage aquarelle est beaucoup plus simple que tu ne l’imagines. C’est un projet doux, gratifiant, et qui commence souvent par des matériaux que tu as peut-être déjà sous la main.
Pourquoi fabriquer son carnet au lieu d’en acheter un tout fait ?
L’achat d’un carnet prêt à l’emploi est rapide, certes. Mais as-tu déjà acheté un carnet où le papier gondolait dès la deuxième goutte d’eau ? Ou un format qui ne rentrait jamais vraiment dans ta petite sacoche ? C’est souvent là que réside la magie de la fabrication maison d’un carnet de voyage : le contrôle total.
Lorsque tu choisis tes propres matériaux, tu réponds à des besoins précis. Peut-être que tu préfères un papier plus épais pour des lavis intenses, ou alors un papier à grain fin, idéal pour les détails architecturaux. Fabriquer son carnet de voyage aquarelle te permet d’adapter la taille, le type de reliure, et surtout, la qualité du papier à tes exigences artistiques.
Le papier : le cœur de ton futur carnet
C’est la question fondamentale. Le papier, c’est la base de toute peinture à l’eau. Si tu utilises un papier basique de photocopieuse, même la meilleure aquarelle du monde ne rendra rien et ton papier se déchirera. Pour l’aquarelle, il te faut un papier dit « grammé ».
Le grammage s’exprime en grammes par mètre carré (g/m²). Pour voyager et peindre avec aisance, vise au minimum 200 g/m². Idéalement, pour les artistes qui aiment travailler avec beaucoup d’eau, 300 g/m² est la norme professionnelle. C’est ce grammage qui minimise le risque de gondolage, c’est-à-dire que le papier se bombe sous l’effet de l’eau.
Tu rencontres aussi trois textures principales. Il faut les tester pour savoir ce que tu aimes :
- Le grain fin (hot press) : Très lisse. Parfait pour les dessins détaillés, les portraits ou les lignes précises. Il sèche vite.
- Le grain torchon (rough) : Très texturé. Les creux du papier retiennent magnifiquement la peinture, créant des effets vibrants et intéressants.
- Le grain moyen (cold press) : Le juste milieu. Il est texturé sans être trop rugueux. C’est le choix le plus polyvalent pour le voyage.
Pour ton premier projet de fabrication de carnet, achète une feuille de papier aquarelle 300 g/m² grain moyen et coupe-la aux dimensions que tu souhaites pour tes futures pages.
La reliure : choisir comment tes pages vont tenir ensemble
Une fois que tu as ton papier, il faut penser à la manière de le maintenir. Le choix de la reliure impacte directement la façon dont tu vas utiliser ton carnet. Est-ce que tu veux qu’il s’ouvre à plat sans effort ? Ou préfères-tu une méthode plus rustique ?
VIDEO: Fabriquer son carnet de croquis : Le guide COMPLET

Option 1 : La reliure cousue à la main (pour les aventuriers patients)
C’est la méthode traditionnelle qui offre la meilleure ouverture à plat. Si tu cherches à fabriquer un carnet résistant et qui ne te lâchera jamais, c’est celle-ci. Bien sûr, elle demande un peu de patience et de dextérité.
Voici ce dont tu as besoin pour une reliure simple cousue :
- Des aiguilles robustes et une aiguille à relieur (plus longue et épaisse).
- Du fil ciré (le cirage empêche le fil de s’effilocher au contact de l’humidité).
- Un outil pour percer les trous (une alêne ou un poinçon).
Tu dois d’abord créer des cahiers. Coupe tes feuilles de papier en deux pour obtenir le format désiré (par exemple, une feuille A3 pliée devient un cahier de huit pages A5). Tu empiles ensuite plusieurs de ces cahiers les uns dans les autres. Tu perce ensuite des trous le long du pli central de l’ensemble de tes cahiers. C’est cette étape qui nécessite de la précision. Si tes trous sont mal alignés, tes pages ne se tiendront pas droit. Ensuite, tu couds en suivant un point de couture spécifique, comme le point de couture copte ou le point de couture de panier, pour lier solidement tous les cahiers entre eux.
Option 2 : La reliure à l’aide de disques ou d’anneaux (la modularité)
Cette méthode est excellente si tu aimes pouvoir retirer des pages ou si tu veux facilement ajouter des feuilles supplémentaires au fil de tes voyages. Elle demande moins de dextérité manuelle, mais un outil spécifique.
Tu utilises des systèmes de disques en plastique ou en métal (souvent appelés discbound systems) ou des anneaux de classeur. Pour que cela fonctionne, tu dois perforer chaque feuille individuellement avec une perforatrice spéciale qui crée des trous arrondis ou en forme de haricot. C’est une excellente solution pour fabriquer un carnet de voyage aquarelle personnalisable à l’infini. Si vous cherchez l’inspiration, le carnet de voyage de William Turner est un excellent point de départ.
Liens essentiels
Des lectures incontournables sur Fabriquer son carnet de voyage aquarelle : Guide complet se trouvent ici.
Option 3 : La reliure simple par agrafage ou couture simple (le rapide)
Si tu es pressé et que tu pars demain, tu peux opter pour une solution très simple, adaptée aux papiers plus légers (moins de 200 g/m²) ou si tu ne prévois que de très petits lavis. Tu plies tes feuilles en deux, tu les superposes, et tu agrafes le long du pli avec une longue agrafeuse. Pour un aspect plus artisanal, tu peux simplement percer deux trous et passer un joli ruban ou une ficelle solide à travers.
Confectionner la couverture de ton compagnon de voyage
La couverture protège ton précieux contenu. Elle subit les chocs dans ton sac, les éclaboussures de café, et parfois même la pluie. Elle doit être robuste, mais pas trop lourde.
Oublie le papier simple pour la couverture. Tu as besoin de rigidité.
Les matériaux idéaux pour une couverture de carnet aquarelle résistant sont :
- Le carton plume fin (environ 2 mm d’épaisseur) : Léger et rigide.
- Le carton gris épais (type boîte de déménagement mais plus propre) : Très solide et économique.
- Le contrecollé cartonné.
Une fois que tu as découpé deux rectangles de carton à la taille désirée pour l’avant et l’arrière de ton carnet (laisse un petit centimètre de chaque côté par rapport à tes feuilles intérieures pour protéger les bords), tu peux les habiller.
Pour habiller la couverture, tu as deux écoles :
Premièrement, tu peux utiliser un beau morceau de toile de lin ou de tissu de coton épais. Il suffit de coller le carton sur l’envers du tissu, en repliant bien les bords et en les collant à l’intérieur. Cela donne une texture agréable et une bonne résistance à l’eau.
Deuxièmement, si tu aimes peindre directement sur la couverture, utilise un papier fort (type Canson) ou même un morceau de papier de récupération qui te plaît. Coller ce papier sur le carton crée une surface que tu pourras peindre ou décorer une fois le carnet assemblé.
L’assemblage final : quand toutes les pièces se rencontrent
C’est le moment de vérité, mais ne stresse pas. L’assemblage dépend de ta méthode de reliure choisie plus tôt.
Si tu as opté pour la reliure cousue :
Assure-toi que tes cahiers sont bien empilés et que le dos des feuilles est parfaitement aligné. Fixe-les temporairement avec quelques pinces ou des élastiques pour qu’ils ne bougent pas pendant que tu perces. Perçage méticuleux, puis couture patiente. Le secret, c’est de bien tendre le fil à chaque passage pour que l’ensemble devienne compact.
Si tu as opté pour les anneaux ou disques :
C’est un jeu d’enfant. Tu retires le capuchon des disques (souvent en tirant dessus ou en les ouvrant avec un outil spécifique), tu insères les trous de chaque feuille (et de ta couverture) les uns après les autres, puis tu refermes fermement les disques. Tu peux ainsi ajuster l’épaisseur au fur et à mesure que ton carnet se remplit de tes souvenirs peints.
N’oublie pas l’espace entre la couverture et la première/dernière feuille. Si tu as utilisé une reliure cousue, il est souvent judicieux de coller une feuille de papier de garde entre la couverture rigide et le premier cahier. Cela renforce la jonction et évite que le carton ne se décolle du papier intérieur avec le temps.
Prends ton temps. Si la première tentative de reliure n’est pas parfaite, ce n’est pas grave. Ce carnet est pour toi. Il doit raconter une histoire, y compris les petites imperfections de sa fabrication. Fabriquer ton propre carnet de voyage aquarelle, c’est commencer l’aventure avant même d’avoir choisi la destination.
Questions fréquemment posées
comment faire pour que le papier ne gondole pas ?
Le meilleur moyen est d’utiliser un papier avec un grammage élevé, idéalement 300 g/m² ou plus. Si tu peins avec beaucoup d’eau, tu peux aussi tendre légèrement ton papier avant de peindre, en le collant sur une planche rigide avec du ruban adhésif de masquage que tu retireras une fois sec. Pour un carnet fabriqué, assure-toi que la reliure est bien serrée.
quel type de colle utiliser pour la couverture ?
Utilise une colle blanche vinylique de bonne qualité (type colle à bois ou colle pour cartonnage). Elle sèche de manière transparente et offre une excellente adhérence sur le carton et le tissu. Évite les colles en bâton qui manquent de tenue face à l’humidité et aux variations de température que tu rencontreras en voyage.
faut-il laisser des pages vierges entre les dessins ?
Non, ce n’est pas obligatoire du tout, surtout si tu utilises des papiers épais. Beaucoup d’artistes aiment dessiner sur les deux faces de la feuille. Si tu crains que la peinture ne traverse complètement (ce qui arrive souvent avec les pigments très concentrés), tu peux laisser une page blanche comme « tampon » avant de commencer le dessin suivant sur la page d’en face, ou bien choisir de peindre uniquement sur le recto de chaque feuille.



